Vue de la perspective Nevski à Saint-Pétersbourg au coucher du soleil, avec le clocher de l'Amirauté au loin
CARNET DE VOYAGE

Saint-Pétersbourg, voyage culturel dans la capitale du Nord

Itinéraire culturel à Saint-Pétersbourg : Ermitage, Mariinski, Perspective Nevski, palais impériaux. Conseils pratiques, saisons, transport.

Saint-Pétersbourg est la capitale impériale et artistique de la Russie. Trois siècles d'architecture européenne, des collections muséales encyclopédiques et une scène musicale majeure. Guide de voyage culturel.

Saint-Pétersbourg est à la Russie ce que Versailles est à la France : une capitale impériale pensée comme un geste politique. Fondée ex nihilo par Pierre le Grand en 1703 sur des marais hostiles, elle a grandi en deux siècles pour devenir une ville européenne de 3 millions d’habitants — et l’une des plus belles cités architecturales du continent. Cet article propose un itinéraire culturel d’une semaine pour le voyageur francophile avisé.

La ville : trois strates

Saint-Pétersbourg se comprend en trois couches historiques superposées.

La ville impériale (1703-1917) : palais, cathédrales, alignements classiques voulus par les tsars. L’Ermitage, le palais d’Hiver, la perspective Nevski, le cavalier de bronze, les colonnes rostrales, l’Amirauté, la cathédrale Saint-Isaac — tout cela date d’avant la Révolution.

La ville soviétique (1924-1991) : rebaptisée Leningrad de 1924 à 1991. Siège du siège nazi de 1941-1944 (900 jours, 1,1 million de morts). Certaines avenues, stations de métro et ensembles architecturaux de l’époque stalinienne. Le mémorial du siège, le cimetière de Piskarevskoïe — c’est aussi dans cette ville meurtrie que l’Alliance franco-russe de 1892-1917 avait laissé des traces monumentales, avant que la Révolution n’y mette fin.

La ville post-soviétique (depuis 1991) : retour du nom historique, développement touristique, rénovation des façades, apparition des commerces contemporains. La ville est à la fois tournée vers l’extérieur (80% des touristes étrangers en Russie passent par Saint-Pétersbourg) et fidèle à sa mémoire.

Jour 1 : Ermitage

Le musée d’État de l’Ermitage est l’une des trois plus grandes collections d’art du monde avec le Louvre et le Metropolitan. Plus de 3 millions d’œuvres, dont 60 000 exposées en permanence dans les cinq bâtiments qui entourent le Palais d’Hiver. Une visite complète serait impossible — pour un premier séjour, trois priorités :

Les salles de peinture : Léonard de Vinci (deux tableaux), Raphaël (plusieurs), Titien, Velasquez, Rembrandt (la plus grande collection hors Pays-Bas, 22 œuvres dont Le Retour du fils prodigue). Les impressionnistes et post-impressionnistes français — collection Chtchoukine-Morozov acquise par confiscation en 1918 — Matisse (30 œuvres), Picasso (30 œuvres), Gauguin, Monet, Pissarro. C’est l’une des meilleures collections d’art moderne français au monde.

Les appartements impériaux : salle du Trône, Galerie de la Guerre de 1812 (portraits des généraux russes de la campagne napoléonienne), chapelle impériale, Pavillon Malachite.

Les salles archéologiques : l’or des Scythes (objets des tombeaux de steppes ukrainiennes et sibériennes, du Ve siècle avant J.-C.), les trésors mongols, l’art sassanide, les collections égyptiennes.

Durée conseillée : une journée entière avec pause déjeuner. Entrée : 800 roubles (10 euros) pour les étrangers (gratuit le premier jeudi du mois). Audioguide indispensable (français disponible).

Jour 2 : le centre impérial à pied

Saint-Pétersbourg se découvre à pied. Départ du palais d’Hiver, cap sur la perspective Nevski. Passer sur la place du Palais (grande et théâtrale, avec la colonne d’Alexandre en son centre). Traverser l’Amirauté — bâtiment impérial jaune et or dont la flèche domine la ville.

Remonter la perspective Nevski vers le nord-est. Principaux points d’arrêt :

  • Notre-Dame-de-Kazan (cathédrale hémicycle inspirée de Saint-Pierre de Rome) — visite intérieure, icônes miraculeuses
  • Dom Knigi (Maison du Livre, grande librairie Art Nouveau, 1907) — bon café au dernier étage avec vue
  • Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé (très polychrome, néo-russe, construite à l’emplacement de l’assassinat d’Alexandre II en 1881) — mosaïques internes spectaculaires
  • Gostiny Dvor (grand magasin historique)
  • Pont Anitchkov (avec ses quatre statues équestres de Klodt)

Cette balade prend une demi-journée. L’après-midi : flâner sur l’île Vassilievski (avec les colonnes rostrales et la Bourse) et l’île Petrogradskaïa (forteresse Pierre-et-Paul, mausolée impérial de tous les Romanov de Pierre le Grand à Nicolas II).

Jour 3 : Mariinski et scènes culturelles

Le théâtre Mariinski est une scène d’opéra et de ballet de réputation mondiale, égale du Bolchoï. Sa salle historique de 1860 — bleu roi et or — accueille chaque soir (septembre-juin) un ballet ou un opéra. La compagnie du Mariinski est dirigée par Valery Guerguiev. Le répertoire va de La Belle au bois dormant de Petipa à des créations contemporaines.

Intérieur du musée de l'Ermitage avec galeries dorées et chandeliers

Réserver plusieurs mois à l’avance via le site officiel (mariinsky.ru, versions anglaise et russe). Les prix varient de 3000 à 15000 roubles (30-150 euros) selon le spectacle et la place. L’expérience d’un ballet classique ou d’un opéra russe dans la salle historique est l’un des sommets du voyage culturel à Saint-Pétersbourg — notre panorama des orchestres russes du Mariinski, du Bolchoï et de la Philharmonique aide à préparer sa programmation.

À côté du Mariinski, d’autres scènes méritent l’attention :

  • théâtre Mikhaïlovski : plus petite maison d’opéra, programmation souvent innovante
  • Philharmonie de Saint-Pétersbourg (Grande Salle Chostakovitch sur la place des Arts) : concerts symphoniques dans un lieu historique exceptionnel
  • Capella Académique (Écuries Hall) : concerts de musique de chambre et chœur

Jour 4 : musée russe et avant-garde

Le musée Russe (palais Mikhaïlovski, place des Arts) est complémentaire de l’Ermitage — il couvre exclusivement l’art russe du Xe siècle au XXe siècle. Collection extraordinaire d’icônes (Roublev, Dionissi), peinture du XVIIIe (Borovikovski, Levitski), grande peinture historique du XIXe (Répine, Sourikov, Kramskoï, Ivanov), paysagistes (Chichkine, Levitan, Polenov), symbolisme (Vroubel, Borissov-Moussatov), et le grand trésor : l’avant-garde russe (Malevitch, Kandinsky, Filonov, Tatline, Rodchenko).

Une demi-journée minimum. Si vous avez davantage de temps, pousser jusqu’au musée d’art moderne de Saint-Pétersbourg (Erarta) et à la maison-musée de Chaliapine (rue Graftio).

Jour 5 : Peterhof

Journée à Peterhof, palais d’été de Pierre le Grand sur le golfe de Finlande (30 km à l’ouest de Saint-Pétersbourg). Arrivée en hydroptère depuis Saint-Pétersbourg (45 minutes, départ quai des Anglais) ou en marshrutka (minibus, 45 minutes).

Le domaine comprend :

  • Grand Palais (reconstruit après les destructions allemandes de 1941-1944) : galerie d’appartements impériaux, salle du Trône, escalier principal de Rastrelli
  • Grand Cascade et Fontaines : 144 fontaines sans pompe, alimentées par la seule force de la gravité depuis des réservoirs hauts — génie hydraulique impérial
  • Parc supérieur et inférieur : 800 hectares de jardins à la française, canaux, palais secondaires (Marly, Monplaisir, Cottage impérial d’Alexandra Feodorovna)

Fontaines de Peterhof avec sculptures dorées au bord du golfe de Finlande

Le domaine est ouvert d’avril à octobre pour les fontaines. Les plus grandes fontaines sont activées uniquement les week-ends et jours fériés. Réserver la visite à l’avance. Durée : journée complète.

Jour 6 : Tsarskoïe Selo et Pavlovsk

Deux palais complémentaires au sud de Saint-Pétersbourg (25 km) : Tsarskoïe Selo (Pouchkine aujourd’hui) et Pavlovsk. Visite en bus touristique ou train de banlieue.

Tsarskoïe Selo : palais Catherine, où l’impératrice passait l’été, avec la célèbre Chambre d’Ambre (reconstruite en 2003 après le pillage nazi de 1941). Parc à l’anglaise de 500 hectares avec pavillons et cascades. Pouchkine y a étudié au Lycée impérial dans le bâtiment adjacent.

Pavlovsk : palais plus intime, construit pour Paul Ier, fils de Catherine II. Appartements délicats, parc à l’anglaise considéré comme l’un des plus beaux de Russie, avec ses temples, ses rivières et sa forêt ornée.

Une journée pour les deux. Les deux domaines sont gérés par des équipes de conservation de grande qualité.

Jour 7 : quartier russe et gastronomie

Le dernier jour doit laisser du temps pour des expériences plus informelles.

Marché Kouznetchny : halles aux poissons et aux fruits, près de la gare de Vladimir. Pour l’atmosphère et les produits — caviar, poissons fumés, champignons séchés, légumes conservés.

Quartier Dostoïevski : le romancier a vécu les quinze dernières années de sa vie dans le quartier de la Place Sennaïa (Place du Foin). Sa maison-musée (rue Kuznechny 5/2) présente son appartement reconstitué — bureau, salle à manger, bibliothèque. Visite d’une heure. L’atmosphère du quartier (cours intérieures étroites, immeubles de rapport) alimente encore l’imagination de Crime et Châtiment.

Quartier Dovlatov et écrivains de l’émigration : près de l’église Saint-Nikolaï-des-Marins et de la rue Galernaïa. Plaques commémoratives. Cafés littéraires où se tenaient les cercles d’écrivains post-soviétiques.

Restaurants : pour un repas russe traditionnel de qualité, le Podvorye (rue Filtrovskoye), le Katiouchka (rue Sadovaïa), le Demidov (rue Grivtsova). Pour une expérience plus européenne : les restaurants d’hôtel du Grand Hôtel Europe (sur la place des Arts) et du Belmond Grand Hôtel Europa. Pour la vodka (avec modération) : le Russian Vodka Room (rue Konnogvardeisky). Pour un café du début du XXe : le Literaturny Kafe sur la perspective Nevski (ancienne maison où Pouchkine a pris son dernier repas avant le duel).

Conseils pratiques

Saison : mai-juin sont idéaux — les nuits blanches (entre le 11 juin et le 2 juillet, le soleil se couche après 23h pour se relever vers 4h, magique). Fin août-septembre offrent une lumière dorée. Décembre apporte la neige et l’ambiance festive pré-Noël orthodoxe.

Transport : métro très efficace, 50 roubles le trajet (0,50 euro). Bus et marchroutkas complexes pour les non-russophones. Éviter les taxis de rue, préférer Yandex Taxi (application). Pour prolonger le séjour vers l’est, certains voyageurs rejoignent Moscou en Sapsan (3h40) avant d’embarquer sur le Transsibérien.

Hébergement : les hôtels centre-ville (Astoria, Grand Hôtel Europe, Kempinski Moïka 22) sont prestigieux mais coûteux (200-500 euros/nuit). Les hôtels de charme (Alexander House, Petro Palace) offrent un meilleur rapport qualité/prix (100-180 euros/nuit). Les appartements Airbnb permettent de vivre dans des immeubles historiques à des prix raisonnables (50-100 euros/nuit pour deux personnes).

Langue : l’anglais est parlé dans les hôtels 4 étoiles, musées internationaux et grands restaurants. Hors de ces zones, prévoir des notions de russe ou un traducteur (Google Translate en mode image fonctionne bien pour les menus).

Budget : hors vols et hors hôtel, un voyageur peut vivre confortablement avec 80-120 euros par jour (restaurants, musées, transports, tickets de spectacle). Saint-Pétersbourg est moins cher que Paris mais plus que Prague ou Budapest. Pour préparer son voyage avec des informations pratiques actualisées, russomania.com publie régulièrement des points de situation utiles aux voyageurs francophones.

Pour aller plus loin

Lectures indispensables : Saint-Pétersbourg de Solomon Volkov (Fayard), somme culturelle irremplaçable ; Pétersbourg d’Andreï Biely (roman de 1913, traduit par Georges Nivat chez Actes Sud) ; Le Cavalier de bronze de Pouchkine. Pour l’histoire : La Grande Catherine de Henri Troyat.

Saint-Pétersbourg est une ville-palimpseste où chaque époque a laissé des traces. Trois siècles de culture en strates superposées, dialogue permanent entre l’Europe et la Russie, mémoire tragique du siège et triomphes de l’art : c’est l’une des capitales les plus denses culturellement du monde, rivale séculaire de Moscou qui occupe l’autre pôle de l’imaginaire russe. Un premier séjour de sept jours laisse le désir d’y revenir — c’est probablement le signe le plus sûr qu’il a réussi.